bandeau

Le train de Loos


Le 1er septembre 1944, 871 prisonniers -arrêtés essentiellement pour des actes de résistance- quittent la prison de Loos pour la gare de Tourcoing. 561 n'en reviendront pas. Retour sur l'Histoire et sur le travail de Mémoire qui nous rappelle ce drame.

Le contexte historique

Après le débarquement en juin 1944, Paris est libéré le 25 août. Les alliés remontent vers la Belgique. Le 1er septembre, les britanniques sont à Douai. L'Occupant allemand durcit sa répression : des "charrettes" de résistants sont régulièrement emprisonnées ou conduites au poteau d'exécution. Craignant un soulèvement général de la population, ils multiplient les arrestations d'otages, de résistants. Le 1er septembre 1944, 48 heures avant la libération de Lille, c'est la date à laquelle s'organise la déportation de 871 détenus, regroupés à la prison de Loos, et transportés en gare de Tourcoing.

Le dernier convoi vers les camps de déportés

Les allemands ont programmé d'évacuer les prisons de la zone et de regrouper les détenus à la prison de Loos. En juillet et août 1944, il y a un afflux massif de prisonniers, qui sont plus de 1.300 : les détenus sont entassés à 12 ou 15 -et parfois davantage- dans des cellules de 9m² qui en abritent 6 habituellement.

Les 17 et 18 août 1944, les responsables de la Résistance se réunissent à la piscine de Roubaix  pour discuter de l'attaque de la prison mais ce projet est jugé irréaliste donc repoussé. Ce n'est ensuite que le 6 septembre que la résistance et les nouveaux pouvoirs mis en place déclencheront des recherches pour retrouver le train de Loos.

Dès le 26 août, le Pasteur Marcel PASCHE avertit le Consul suisse, Fred HUBER, que les Allemands préparent l'évacuation des détenus de la prison de Loos. Le 27 août HUBER rencontre le Préfet CARLES sans résultat. Il se rend à la prison mais ne sera pas reçu. Le 1er septembre, HUBER et PASCHE arrivent à la prison vers 10 H. Ils rencontrent le chef de la prison, SIEBEBR, qui accepte de libérer tous les détenus condamnés à moins de 3 mois : 400 à 600 hommes et femmes seront ainsi libérés par groupes de 20 toutes les demi-heures, et doivent se disperser au plus vite... 871 détenus restant seront amenés par camion à la gare de Tourcoing entre 5 H 30 et
17 H 30, et entassés à 80 ou 90 par wagon. Le dernier camion avec 23 détenus arrive à la gare le train une fois parti : ils auront été sauvés par une crevaison sur le parcours et libérés sur place...

Le 2 septembre, HUBER et PASCHE, qui ont pris réellement conscience de l'ampleur du drame partent à la recherche du train. Ils iront jusqu'à Gand, mais ne pourront poursuivre en raison des soldats allemends toujours présents sur le sol Belge.

Walter PAARMAN, responsable de la Gestapo à La Madeleine, a supervisé la formation du train et récupéré les dossiers des détenus. Le train, protégé par des Waffen SS, démarre vers 17h30 en direction de la Belgique. Un groupe de résistants s'est approché du train, mais ils sont peu nombreux et mal armés : ils renoncent.

13 déportés réussissent à s'évader du train pendant la traversée de la Belgique; 20 à 30 déportés sont décédés durant le transport.

Le 3 septembre, le train arrive à Cologne au moment ou la ville de Lille est libérée. 250 déportés sont envoyés aussitôt à Mulheim pour dégager des voies ferrées bombardées. En octobre 1944 commence la grande dispersion des déportés du Train de Loos : vers Kokendorf et ses mines de sel, vers l'île d'Usedom sur la Baltique (centre d'essai des fusées), vers Karlslagen. Au printemps 45 devant l'avance des alliés, les camps sont évacués vers la Baltique : ce sont les abominables marches de la mort, qui seront notamment fatales à des centaines de déportés du Train de Loos.

 Le 5 septembre les autorités allemandes forment 3 groupes :

Une vingtaine d’hommes sont envoyés sur Buchenwald

250 sur Müllheim

Le groupe le plus important est expédié sur Oranienburg ou il arrive dans la nuit du 6 au7 septembre, ils sont dirigés sur Sachso et placés en quarantaine

5 octobre 1944, c’est à partir de cette date que les déportés du Train de Loos sont dispatchés dans les diff camps Kochendorf, Karlshagen, Neuengame, Bergen-Belsen, Mauthausen.Au printemps 1945 …..

Parallèlement deux camps mouroirs Bergen-Belsen et Vaihingen reçoivent les déportés qui ne sont plus en mesure de travailler après l’arrêt des fours crématoires.

La libération des survivants du Train de Loos s’est étalée sur un mois du 8 avril au 8 mai 1945 leur retour vers la France n’a pas suivi systématiquement leur libération il devait prendre en compte leur état de santé très diminué, n’étant plus en mesure de se nourrir normalement et pour les rares déportés en état de se déplacer ils ont du attendre le rétablissement des transports. En résumé leur retour s’est opéré au compte-gouttes.


 

Qui étaient les déportés ?

Ils étaient pratiquement tous domiciliés dans le Nord ou le Pas-de-Calais.

Outre 69 qui étaient des otages pris dans une rafle, 722 étaient emprisonnés pour des faits liés à la résistance (appartenance à un réseau résistant, diffusion de tracts clandestins, aide à évasion de prisonniers ou déserteurs, aide aux résistants, hébergement d'aviateurs alliés, manifestation anti-allemande, attaque contre les forces d'occupation, sabotage, réfractaire au STO...).

98% des déportés étaient de Français, 56% avaient moins de 30 ans (16 ans pour le plus jeune et 71 ans pour le plus âgé).

Le terrible bilan fait état de 561 morts en déportation

22 disparus

13 évadés

275 rentrés

Mais le dossier des déportés du Train de Loos reste ouvert dans les mains de Laurent Thiery.


Un travail d'Histoire et de mémoire

 Dans les années 1970, des articles virulents ont empêché la publication de l’enquête nationale sur la déportation. A la fin de l’année 1999 une polémique prend de l’ampleur au sein des différentes associations de déportés au sujet du nombre de déportés du train de Loos ; le conseil général du Pas-de-Calais confie à Yves Le Maner agrégé d’histoire et directeur de la Coupole le soin d’élucider ce problème. Grace à l’ouverture d’archives russes il publie l’ouvrage suivant :

LE TRAIN DE LOOS le grand drame de la déportation dans les Nord-Pas-de-Calais

Qui constitue la référence fiable sur ce dernier convoi de déportés. Il est le résultat de plus de trois années de recherches ; cet ouvrage a fourni un explication au sujet de la non intervention des réseaux de résistants qui n’ont rien tenté pour arrêter ce convoi avant son entrée en Allemagne ce livre a notamment permis de recenser avec précision les noms des 871 déportés du Train de Loos, de préciser leurs origines et leur parcours ainsi que les causes de leur déportation. Pour les survivants, les familles touchées par ce drame, il s’agit d’une grande émotion et de la possibilité de faire son deuil.

Le livre retrace aussi la création en novembre 1945 d’une association : l’AMICALE DES DEPORTES DU TRAIN DE LOOS qui fait suite à la promesse d’un groupe de déportés faite pendant la quarantaine à Sachso. Jean VANDENEECKHOUTTE et Rodolphe WALLEZ furent les fondateurs : création d’un bulletin : SOUVENONS-NOUS et en novembre 1947 la plaque commémorative est apposée sur le lieu de départ de ce train : la gare de Tourcoing.

En 1972 James Venture un membre actif bénéficiant d’un réseau au sein du ministère de la défense sollicite le ministère de la justice il obtient une parcelle de terrain en broussaille ou coule d’ailleurs un ruisseau nauséabond

Mémorial du train de Loos


 Pour l’érection d’un mémorial en souvenir de ses camarades disparus sous les coups de la barbarie nazie. Il mobilise des soldats du 43 RI pour niveler ce terrain.

EN janvier 1973, James Venture se présente à la présidence de l’Amicale avec un programme audacieux ; il est élu et le met en œuvre : en hommage à tous ses compagnons disparus il veut faire connaitre la tragédie des déportés du train de Loos grâce à un maillage de plaques commémoratives  des porte-flamme amovible sur fond de la tenue du déporté. Le 25.10.1975, le mémorial du Train de Loos est inauguré par Norbert Segard ministre. Les inaugurations et les cérémonies se déroulent très souvent sous la présidence du préfet du Nord, du général commandant la place de Lille, des officiers supérieurs du 43me RI, de ses amis Maurice Schumann, de Michelle De Coninck déportée et met à contribution la presse écrite La Voix du Nord d’autant qu’un nombre important de déportés du train de Loos appartenait au réseau de ce journal. Ses principales réalisations sont la plaque en bronze à l’entrée de la citadelle Vauban et les 1200 arbres plantés autour de la citadelle, la table d’orientation à Notre Dame de Lorette ainsi qu’une croix de guerre en bronze de 170 kg une flamme dans le massif du Vercors. Yves Le Maner lui apporte le couronnement de son programme en sortant de l’anonymat du Train de Loos les noms des déportés que James Venture s’empresse de graver dans le bronze ; ces plaques seront dévoilées sur le mur du mémorial par le ministre Delevoye et l’identique a été installé dans une galerie de la coupole d’Helfaut par Claudie Haigneré en mai 2003.

Entretemps André Gustin enseignant crée le CMAPL en 1998 dont l’objectif est de créer sur le domaine pénitentiaire un lieu de mémoire collective qui regrouperait 850 ans d’Histoire. James Venture soutient la création de cette association et engage les membres de l’Amicale à s’inscrire.

En octobre 2011 les détenus de la M/A de Loos sont évacués vers d’autres prisons en prévision de la démolition de cette prison centenaire (prison cellulaire) La maison d’arrêt est vide. La mairie de Loos propose d’entreposer dans ses locaux techniques pour les sauvegarder le cœur du mémorial les nombreuses plaques en bronze ainsi que deux anciennes plaques dont l’une se trouvait au dessus de la porte d’entrée de la prison, James Venture accepte aussi à partir de cette date les cérémonies du train de Loos ont lieu au cimetière delory à Loos ou un monument a été inauguré à l’occasion du 11 novembre 1979 (documentation fournie par la mairie de Loos)

Le 1.09.2015, en présence du préfet du Nord JF Cordet de Marcel Houdart et de Jules Montaigne deux rescapés du Train de Loos une stèle a été inaugurée avec l’inscription suivante :

L’Amicale a pour socle un événement tragique qui se situe au sein de l’histoire de la seconde guerre mondiale ; ses membres assument pleinement leur responsabilité de perpétuer le souvenir des déportés du TRAIN DE LOOS. Ce travail de mémoire inscrit désormais la tragédie du Train de Loos dans les grands drames de la seconde guerre mondiale.


Début 2003, l'historien Yves LE MANER a fait paraitre son livre sur le train de Loos. Il est le résultat de plus de trois années de recherches, et font suite à une demande du Conseil Général du Pas-de-Calais de faire toute la lumière possible sur ce drame.
Ce livre a notamment permis de recenser avec précision les 871 noms des déportés du Train de Loos, de leur redonner un visage, de retrouver les causes de leur déportation. Pour les survivants, pour les familles touchées par ce drame, il s'agit d'une grande émotion et de la possibilité de faire son deuil.
Il existe une amicale des rescapés du Train de Loos, elle est soutenue par l'association CMAPL:
http://www.ville-loos.fr/srub-17-248-326-centre-de-m-eacute-moire-de-l-abbaye-prison-de-loos-cmapl.html.html présidée par André GUSTIN. Cette amicale a fait réaliser le mémorial et les noms des 871 déportés identifiés sont gravés dans le bronze de 12 plaques, symbolisant les 12 wagons utilisés pour le transport des déportés. Elles ont été dévoilées au public et aux familles le 10 mai 2003, en présence notamment du Ministre Jean-Paul DELEVOYE.
Pour André GUSTIN, "oublier le sacrifice des Déportés du Train de Loos serait les tuer une seconde fois".
Cet important travail de mémoire inscrit désormais la tragédie du Train de Loos dans les grands
drames de la seconde guerre mondiale.

Le 1er septembre 2014, 70 ans après, une commémoration a eu lieu à Loos.
Les familles des victimes ont reçu un appel.
 

Max et Josette Lallau étaient présents le 1er Septembre 2014 à Loos.
Cliquez: http://france3-regions.francetvinfo.fr/nord-pas-de-calais/2014/09/01/il-y-70-ans-le-train-de-loos-dernier-grand-convoi-de-deportes-quittait-le-nord-pas-de-calais-541906.html  pour voir le reportage filmé.

affiche_train_de_loos2016_500.jpgtrain_dloos_2016_2_500.jpgtrain_dloos_2016_3jpg_500.jpg